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Épizootie de grippe aviaire

Les oiseaux sauvages accusés à tort

par BBC news et Planète non violence

lundi 27 février 2006, par ab (JournArles)

La Camargue est une zone de migration importante pour les oiseaux au printemps comme à l’automne. Là plusieurs organisations (ONCFS, Tour du Valat) testent chaque jour des dizaines d’oiseaux sauvages pour la présence du virus H5N1. Jusqu’à ce jour aucun d’entre-eux n’a été trouvé porteur de ce virus hautement pathogène. Mais on ne regarde peut-être pas là où il faudrait...

Grippe aviaire : la réalité s’envole

Selon le Dr. Leon Bennun (BirdLife International), les oiseaux sauvages sont accusés à tort de propager la grippe aviaire alors que des intérêts personnels dissimulent la réalité : la responsabilité de cette propagation incombe aux techniques modernes d’élevage. Les demandes de battues et de destruction des sites de nidification menacent, dit-il, de provoquer l’extinction de certaines espèces rares et n’empêchera pas la propagation de la maladie.

Pendant la deuxième semaine de février, l’Europe de l’ouest a déclaré ses premiers cas de contamination par le virus H5N1 de grippe aviaire chez des oiseaux sauvages. En Italie, Grèce et Slovénie, plus de 25 cygnes sont morts ; dés la St-Valentin on déplorait aussi la mort de cygnes sauvages en Autriche et en Allemagne.

Les responsables de réserves naturelles, les éleveurs de volailles et les autorités sanitaires s’attendent à l’extension de cette épidémie.

Alimentés d’une part par des articles de presse alarmistes et d’autre part par des tentatives par les agences gouvernementales de camoufler la responsabilité des élevages, des appels sont lancés pour prendre des mesures drastiques contre les populations d’oiseaux sauvages.

Je pense que ces mesures menaceront certaines espèces d’extinction, sans que cela n’ait d’effet sur le développement de l’épizootie de grippe aviaire.

Attraper les responsables

Il est fort probable que les cygnes qui meurent actuellement en Europe de l’ouest soient arrivés récemment venant de la Mer Noire, poussés vers le sud et l’ouest par le gel les empêchant de se nourrir.

Ils ont pu attraper la maladie d’autres animaux sauvages ; mais cela est peu probable étant donné les dizaines de milliers d’oiseaux d’eau testés négatifs au H5N1 cette dernière décennie.

Ils ont probablement attrapé le virus dans les fermes, avant de migrer, soit auprès de volailles infectées, soit des déjections de celles-ci. Les cygnes pâturent souvent les champs cultivés et ont de fortes chances d’être rentrés en contact avec les déjections des volailles utilisées comme fertilisant.

Si les oiseaux sauvages avaient répandu la maladie à travers les continents, il y aurait des traces d’apparition d’épidémies le long des voies de migration. Il n’en a rien été.

La théorie « de l’oiseau sauvage » répandant le virus H5N1 ne fournit pas non plus d’explication pourquoi certains pays situés sur ces voies de migration en Asie ont échappé à la contamination, alors que leurs voisins ont subis des épidémies à répétition.

Ce qui est étonnant, c’est que des pays comme le Japon et la Corée du Sud, qui imposent des contrôles stricts sur l’importation et les déplacements des volailles d’élevage, après quelques épidémies de départ, n’en ont plus subies aucune. Myanmar a été épargné.

En fait, des pays qui n’ont pas développé d’élevages intensifs ont été eux aussi épargnés. La FAO (Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture) a rapporté qu’au Laos, 42 des 45 zones infectées étaient des zones d’élevages intensifs.

Évolution mortelle

Les virus de la grippe aviaire particulièrement virulents sont rares chez les oiseaux sauvages.

Mais dans les poulaillers industriels, la grande concentration de volailles, l’exposition constante aux déjections, à la salive et aux sécrétions fournissent les conditions idéales pour la reproduction, la mutation, la recombinaison et la sélection, à partir desquels des catégories extrêmement dangereuses de virus peuvent évoluer.

En ajoutant les mauvais diagnostics répétés, les dissimulations par l’industrie et les gouvernements, la vente et transformation sous l’effet de panique de volailles infectées, on a l’explication de pourquoi le H5N1 est maintenant endémique dans certaines parties du sud est asiatique.

En prenant en compte avant et après les déclarations d’épidémie en Asie, de la nature globale de l’industrie d’élevage de volailles, et les mouvements internationaux de volailles vivantes et de produits issus des volailles, on a le mécanisme le plus plausible de propagation du virus entre des endroits qui ne sont pas liés par les déplacements des oiseaux migrateurs.

Les épidémies, par leur caractère et le moment où elles se sont déclarées, ne correspondent pas aux mouvements des oiseaux sauvages ; mais selon ces critères, elles ont souvent suivi les principales des échanges commerciaux.

La thèse comme quoi les mouvements de volailles ont joué un rôle majeur dans la propagation de la maladie est corroborée par une analyse des souches virales publiée récemment dans le journal américain « Proccedings of the National Academy of Sciences ».

Certaines des organisations qui essaient de surveiller et contrôler la grippe aviaire telles que la FAO, semblent réticentes à attirer l’attention sur le rôle joué par l’élevage intensif, à cause de l’impact sur les économies nationales et sur l’accès à des ressources bon marché de protéines.

Destruction insensée

A cause de cela et pour d’autres raisons, le rôle des migrations des oiseaux sauvages dans la transmission de la maladie a été exagéré, et la presse l’a sensationnalisé.

Dans certains pays, il y a un effet négatif sur la conservation des oiseaux, avec des demandes de destruction de populations entières, l’assèchement des marécages, et la destruction des sites de nidification.

En fait, les épidémies de H5N1 chez les oiseaux sauvages ont disparu d’elles-mêmes sans destruction ni intervention humaine.

Certains oiseaux les plus menacés courent un grand danger. Mais il y a aussi des possibilités réelles de dommages aux écosystèmes dont dépendent certaines personnes et économies.

Alarmant pour ceux qui craignent une épidémie de grippe aviaire humaine, cette vision déformée, implique aussi que les bonnes questions ne sont pas posées, et que les mesures de protection les plus efficaces ne seront peut être pas prises.

BirdLife International demande qu’une enquête indépendante sur la propagation de H5N1 soit conduite, étudiant le rôle de l’industrie globale de l’élevage de volailles, et établissant des cartes des élevages officiels et non officiels ainsi que les routes du commerce de volailles en liaison avec l’éruption des épidémies.

C’est peut-être aussi le moment de se pencher sur la façon dont le monde se nourrit et de décider si le prix payé en terme de risque pour la santé humaine et pour la biodiversité de la planète par le développement des méthodes d’élevage moderne, n’est pas trop élevé.

Le Dr Léon Bennun est directeur d’information, science et politique de BirdLife International.


Source et copyright bbcnews online/Green Room/Opinions : publication hebdomadaire sur des thèmes liés à l’environnement ; 17/02/2006.

Traduction bénévole pour information à caractère non commercial MD pour Planète Non Violence

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